Le Peuple - Monday, April 8, 1895

Le poète M. Oscar Wilde a comparu, samedi, entre deux gendarmes, devant le tribunal de police de Bow-street, pour l'instruction de l'affaire qui est à sa charge. C'est le gouvernement lui-même qui le poursuit. Il a été formellement accusé de « crimes innommables », qui le rendant passible d'une peine variant entre 20 ans de servitude pénale et les travaux forcés à perpétuité.

Après des formalités purement préliminaires, l'affaire a été renvoyée à huitaine. Le poète a été reconduit en prison.

Au même moment, on arrêtait, à Londres, le nommé Taylor, qui a pris part à ses désordres et qui sera poursuivi pour les mêmes motifs.

Lord Alfred Douglas, fils du marquis de Queensberry, et « ami intime » de M. Oscar Wilde, s'est présenté à la prison, avec une forte somme d'agent qu'il a offerte de déposer comme caution, pour la mise en liberté provisoire de M. Wilde. Mais cette offre a été sommairement repoussée.

Le nom de M. Oscar Wilde a été retiré de l'affiche et des programmes des théâtres où l'on joue ses pièces; mais on continue à représenter celles-ci.

(Nouveaux détails)

M. Oscar Wilde est introduit, il prend place sur l'estrade des accusés. Son attitude est la même qu'à la cour d'assises et il ne paraît pas autrement ému de l'infâmante accusation qui pèse sur lui.

Il s'appuie nonchalamment sur le rebord de l'estrade, et écoute attentivement M. Gill, qui presse l'accusé de donner les détails indispensables.

Pendant que ce dernier parle, un accusé nommé M. Taylor, individu dont il a déjà été beaucoup question, a été arrêté.

Il est introduit et prend place à côté de Wilde qui en le voyant set met à sourire.

Il est entendu et donne des détails sur les rapports qu'il a eus avec Wilde.

Parmi les témoins se trouve un nommé Packer, âgé de 19 ans. Il dit avoir été présenté à Wilde par Taylor.

Parker et un frère à lui ont dîné avec Wilde en cabi- Cet partivuler et ils bu constamment du champagne. Se fut Wilde qui paya.

Packer a rendu visite à Wilde à Savoy Hôtel. Wilde le recevait dans un petit salon...

Packer soupa chaque fois avec Wilde et il recevait des amis.

Le frère de Packer, interrogé, confirme en partie le récit de son frère.

On entend ensuite la déposition de Mme Grast qui raconte qu'elle loua une chambre à Taylor, qui recevait la visite d'un grand nombre de jeunes gens d'environ 16 ans.

Le témoin ne peut pas reconnaître Oscar Wilde, mais elle se souvient cependant que Taylor appelait un de ses visiteurs « Oscar ».

La chambre de Taylor était très bien meublée et très parfumée. Il était comme une petite maîtresse dans son déshabillé de nuit.

Des garçons ont passé la nuit avec lui. La police a visité un jour cette maison.

Le témoin suivant est un nommé Alfred Woods. Il a été présenté à Wilde en 1893.

Il raconte que Wilde lui a donné de l'argent et une chaîne de montre.

Le témoin dit qu'il cessa bientôt de voir Wilde.

La Patrie - Monday, April 8, 1895

Londres, 7 avril. — Voici de curieux détails concernant l’incarcération de M. Oscar Wilde :

L’accusé avait passé une partie de l’après-midi à l’hôtel Cadogan, de Sloane Street, lorsque, vers six heures du soir, deux détectives vinrent l’arrêter, obéissant à un mandat de sir John Bridge, président du tribunal de Bow Street.

M. Wilde se trouvait en compagnie des deux fils du marquis, lord Douglas de Hawick (le fils aîné et héritier depuis la mort de lord Drumlenrig) et lord Alfred Douglas. Il était étendu sur une chaise longue et fumait. Quand un des détectives lui eut expliqué l’objet de sa visite, il lui dit :

— Qu’est-ce qu’on veut faire de moi ? — Vous conduire à Scotland-Yard. — Serai-je gardé toute la nuit dans une cellule? — Oui. — Pourrai-je fournir une caution? — Ce n’est pas à moi à vous le dire. — Fumer? — Nous ne le savons pas.

Après cette conversation, M. Wilde se décida à monter dans le fiacre qui avait amené les policemen et à les suivre à Scotland-Yard, non sans emporter, pour se distraire pendant le trajet, un exemplaire du Yellow book, qui est une publication littéraire trimestrielle.

En descendant de voiture, M. Oscar Wilde manqua de tomber par terre, à quoi l’on vit qu’il avait fait d’abondantes libations. Enfin à huit heures du soir, il était transféré de Scotland-Yard à Bow Street, où il fut fouillé. Il ne fit aucune remarque à la lecture du mandat d’arrêt, mais demanda qu’on lui redît la date (25 mars dernier) sur laquelle s'appuie surtout l’accusation formée par la procédure anglaise de préciser et de prouver un fait spécial.

Devant le tribunal de Bow Street, M. Gully a raconté comment un nommé Taylor était chargé de procurer des jeunes garçons à Wilde, qui se rendait fréquemment au domicile de Taylor, où les clients de ce dernier lui étaient présentés.

Charles Parker, à qui il est fait allusion, est introduit et va déposer sur les faits auxquels il a été mêlé.

A ce moment, on apprend que Taylor vient d’être découvert et, à son tour, il est conduit au banc des condamnés. Lorsqu’il entre dans la salle, 0. Wilde s’incline vers lui. Sir John Bridge, le magistrat, lui explique la nature de la cause, puis on entend Parker.

Parker et un frère à lui, Taylor et Wilde allèrent dîner dans un restaurant. Ils mangèrent tous quatre dans un cabinet particulier. C’est là que la présentation fut faite. On but du champagne ; ce fut naturellement Wilde qui paya. Parker visita ce dernier au Savoye Hôtel,'où ils s'installèrent seuls dans un petit salon. On soupa chaque fois au champagne; et Parker recevait en partant soit deux, soit trois livres sterling.

On assiste à un défilé de témoins qui confirment, à n’en pas douter, les accusations de lord Queensberry.

Le juge fait avouer à l’un des témoins que M. Wilde n’est pas seul en cause; deux de ses complices ont déjà quitté l’Angleterre.

On parle d’arrestations sensationnelles qui seraient sur le point d’être opérées.

Le frère de Parker est également interrogé et confirme en partie le récit de son frère.

Mme Grast raconte qu’elle louait des chambres à Taylor qui recevait des visites d’un grand nombre de jeunes gens d’environ seize ans. Le témoin ne peut pas reconnaître M Wilde, mais elle se souvient que Taylor appelait un de ses visiteurs Oscar.

« Les chambres de Taylor, dit le témoin, étaient très bien meublées et très parfumées. Taylor était comme une petite maîtresse dans son déshabillé de nuit. » N’insistons pas.

Un masseur de l'hôtel Savoye raconta avoir vu un jeune homme de seize à dix-huit ans dans la chambre à coucher de Wilde, et une femme de chambre de l’hôtel affirme le même fait.

Etc., etc.

Le magistrat ajourne l’affaire à jeudi et refuse de laisser les accusés en liberté sous caution.

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